Texte refusé

Le dénoyauteur

Je suis un dénoyauteur de mots, un dépiauteur de phrases, un désosseur de langage, un décortiqueur de sens.

Je dépouille, je dépapillote, je dévêts.

Un fouteur de mots à poil, je suis.

Détrousseur, dépeceur, spolieur.

Ébourrage et écharnage sont les mamelles de ma graphomaniaquerie.

 

Je hais le terme zizanie, il m’agace le palais ; gamelle me coupe l’appétit ;  rumeur me fait penser à tu meurs.

 

Quand j’ai fait le tour des mots qui écorchent le larynx, j’entreprends de déblayer, d’élaguer, de défricher.

Je bricole.

Je prends un mot, je le fracasse avec le manche du marteau, je ramasse les débris et je souffle la poussière…

Zut ! Une lettre s’échappe sous la table.

Lui courir après, la ramasser, la consoler.

Elle est jolie.

La voyelle s’ennuyait entre ces consonnes sévères.

La croiser avec une autre.

Les regarder fort niquer.

Pol devient piaule ou poil ou poule.

 

Déguster le mot, le savourer, le faire tourner dans ses joues, en jouer avec la langue, le laisser fondre, puis croquer dans la dernière syllabe.

Skrountch.

 

Quand j’entends papouille, je fonds ; caresse me fait frémir ; dodeliner me donne envie de danser ; soupir me fait sourire.

 

 

 

Jean-Philippe Querton

(Texte refusé par la revue "Chos'e")

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