Femmes à poil, sexe à gogo et vidéos gratuites.

Best Seller

 

Acte XXII

 

Femmes à poil, sexe à gogo et vidéos gratuites[1]

 

 

Loin de me sentir découragé par le refus de l’éditeur, je me décidai à reprendre le travail là où je l’avais laissé.

Il me fallait venger Jésus.

Quitte à faire de l’overbooking, je me fixai une dead-line que je m’engageai à ne pas by-passer, à moins de prévoir un backup.

Mon Best Seller serait un polar !

Telle était ma décision et j’allais m’y tenir.

Tout d’abord, je devais penser au casting.

Un héros, pour commencer.

Il me fallait un premier rôle, une pièce maîtresse, et l’évidence vint apporter une éclaircie dans la nébulosité de ma réflexion : pour créer un être, il fallait être deux[2].

Pour devenir un auteur porteur, il me fallait trouver un père à ce petit bonhomme que j’aimais déjà dans la virtualité de son inexistence. Il fallait que je me fasse inséminer les gènes d’un fin limier, que je le porte en moi, que je le laisse grandir tel le fœtus de mon œuvre, l’embryon de mon best seller. Ma grossesse serait la période de gestation du roman policier qui révolutionnerait le genre.

Amélie serait le père du petit.

Elle seule pouvait déposer dans mon utérus créatif la graine qu’un de mes ovules féconderait pour mettre au monde dans quelques mois le plus magnifique policier que la littérature ait connu.

Mais de qui ce petit serait-il le clone ?

Je me lançai dans l’inventaire des modèles courants. Il y avait des flics alcoolos, des flics paranos, des flics obèses, des flics dépressifs parce que leur femme s’est barrée avec les enfants, des flics dépressifs parce que leur femme s’est barrée sans les enfants, des flics homos, des flics mélancoliques, des flics paranos, des flics atteints de troubles compulsifs, des flics gastronomes, des flics nymphomanes, des flics mélomanes, des flics tueurs et même snipers, des flics docteurs en psychologie, des flics informaticiens, des flics médecins, des flics tenanciers de resto, des flics champion à « Questions pour un champion », des flics d’extrême-gauche, des flics beaufs, des flics dans les trains, dans les gares, dans les aéroports, dans les ministères, dans les banlieues, à Las Vegas, à Belleville, à Nice et à Boulogne-sur-Mer, des flics en costume, des flics en espadrilles, des flics curés et même des flics nonettes…

Tout avait déjà été inventé.

Tout !

Toutes les races de flics existaient, tous les croisements avaient déjà été élaborés par une génétique qui ne craignait pas la batardisation de la race.[3]

Y avait même des flics femmes, noires et juives.

Dans la catégorie des détectives, certains avaient même pensé à celui qui se balade avec un crapaud dans la poche, à celui qui brûle ses livres quand il traverse une crise de cafard, à celui qui se pique à l’héroïne, à celui qu’on libère de l’asile psychiatrique pour mener une enquête...

Que me restait-il ?

Le flic jardinier séropositif ?

Je n’avais pas envie de mettre au monde un sidéen qui abreuverait les sillons du jardin de son sang impur.

Le flic diabétique nazillon, genre le mec avec une tête de betterave et une carte du front national ? Non !

Le flic flamingant qui obligerait nos enfants à aboyer flamand !

Non, il ressemblerait trop au SS sucré.

Le flic robuste à la barbe rousse, portant la chemise à carreaux et dégustant d’un geste ample de la poutine aromatisée au sirop d’érable tout en clavardant avec sa blonde qui l’a lâché pour aller faire tourner des ballons sur son nez [4]?

Oué. Tout juste bin pour recevoir le prix Félix Leclerc décerné par le comité des usagers de l’espace de lecture publique de Saint-Bruno-de-Montarville, magnifique commune de Montérégie en Québec dont le presbytère abrite la première succursale canadienne des opticiens Alain Afflelou !

Et de l’optique à la malvoyance, il n’y avait qu’un pas que je franchis plus aisément que certains empereurs qui se prennent les sandalettes dans le Rubicon et qui en font tout en fromage.

Le flic aveugle !

Oui, le flic aveugle.

Avec une canne fluo et un chien qui ne s’appellerait pas Rex.

Pas mal.

Et ça tombait plutôt bien parce que je détestais les aveugles. Je les trouvais prétentieux, suffisants et même souvent méprisants. Les aveugles, les handicapés optiques comme les appelait Rovère, étaient généralement des gens qui se la pétaient avec leur système olfactif suprêmement développé, les aveugles, ils se prennent pour des Rocco Siffredi du nazareth.

Et ça m’agaçait.

Au même titre que tous les moins valides, par ailleurs.

Je tenais un univers, je n’allais pas le lâcher. Mon héros serait un limier non-voyant, trisomique et schizophrène.

Je répugnais un peu à l’idée d’accoucher d’un tel être, mais la gloire était à ce prix et j’étais prêt à tout.

Me restait à solliciter Amélie pour qu’elle introduise dans mes organes la semence féconde, celle de son génie sans bouillir, celle de sa faconde, celle de son talent qui était à l’image du mont Ventoux pour un cyclotouriste, une belle saloperie à grimper !



[1] L’auteur de Best Seller deviendrait-il fou ?

Hé bien, non. Il l’est depuis longtemps.

Le titre de ce chapitre n’a absolument rien à voir avec le récit (ooooooooh ! s’écrient les lecteurs avides de petits culs défoncés). Il s’agit simplement d’une manœuvre honteuse destinée à orienter les usagers de Google à la recherche de sites X vers la lecture bien plus saine de mon livre. Comprenez que ma démarche est profondément humaniste et judéo-chrétienne puisqu’elle a pour objectif de ramener les brebis égarées dans le stupre et la lie fangeuse de la pornographie à de plus salubres connaissances.

[2] Tout le monde sait cela depuis que Mendel, moine et botaniste autrichien et falsificateur par la même occasion a découvert ses deux petits pois, criant Euréka alors que toute l’eau du bain s’en allait par le siphon dans le sens opposé à celui que les Bulgares ont coutume de connaître lorsqu’ils se lavent, ce qui est assez rare, bien que les bulgares soient slaves, et donc normalement, propres.

[3] Ne dit-on pas : « Bâtard de flic ! »

[4] D’un autre côté, c’est bien fait pour sa gueule à la blonde,  parce que tout ça dure jamais longtemps (prononcer « longtin ») et ça ne fait plus rire personne quand les enfants sont grands (prononcer « grin »).

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