La présentatrice de la météo se fait enculer

Best Seller

 

Acte XXVII

 

La présentatrice de la météo se fait enculer

 

 

Et pourquoi me compliquer la vie à ce point ? Pourquoi ne pas raconter, tout simplement, le seul crime dont je m’étais rendu coupable ? Un tout petit meurtre, celui sans prétention d’une présentatrice de la météo d’une télévision régionale finlandaise…

C’était il y si longtemps…

Mais, je m’en souviens comme si c’était hier…

Mon best-seller serait alors ma confession, mes aveux, mon testament, mon dernier message à un monde si cruel. Je n’aurais qu’à me laisser emporter à écrire un récit inspiré de mes souvenirs. Et, malgré mon isolement dans une lugubre prison où je croupirais pour payer ma dette à la société, je deviendrais enfin célèbre. J’accéderais à ce statut après lequel je galope depuis tant d’années. Moi le ténébreux, moi le maudit, moi le damné, derrière les barreaux, je pourrais enfin jouir de la reconnaissance de mon talent. Mon statut d’incarcéré ne ferait qu’accentuer ma renommée et ma demande de liberté conditionnelle serait sûrement acceptée après quelques mois, à l’évidence. Je serais un martyr et ma mère pleurerait le scandale de la claustration de son fils enlevé à l’affection des siens.

Des grands auteurs prendraient ma défense, il y aurait des comités de soutien, des manifestations, des photos géantes accrochées au frontispice du palais de justice, la télévision afficherait chaque jour le compteur de mes jours de privation de liberté, je serais l’otage de guérilleros qui me séquestreraient pour que mon talent n’éclabousse pas le visage bouffi des stars de la plume. 

Oui, j’avais tué.

Il était temps pour moi de passer aux aveux.

Oui, je m’étais rendu coupable d’un crime impardonnable et j’allais me repentir, me mortifier, me flageller, faire preuve de componction et de résipiscence, réciter moult ave et autant de pater.

 

Fallait-il que je m’inflige autant de souffrances, moi qui étais si douillet ?

Ne pourrais-je point arguer de la prescription des faits ? Dans le fond, ce meurtre était vieux de 25 ans et personne n’avait véritablement regretté la disparition de cette présentatrice qui était responsable de quantité de dépressions en raison de la morgue avec laquelle elle annonçait froidure, bises polaires, blizzard et autres précipitations qu’aucune éclaircie ne venait jamais atténuer. La question valait la peine d’être posée.

 

Mais que s’était-il véritablement passé cette nuit du 29 décembre 1986, cette nuit qui durait depuis plus d’un mois et qui se terminerait dans plus de quinze jours ? Une nuit de 50 jours ! 1200 heures ! Un drame pour un insomniaque, un sacré défi pour les noceurs bien décidés à faire la fête jusqu’au lever du jour ! 

Me replonger dans ces souvenirs m’arrachait des sanglots nostalgiques.

Rita et moi, nous nous aimions de ce fol amour qui soulève les montagnes et bouleverse les lectrices de Meg Cabot, instigatrice d’un genre nouveau : la chic lit’.

Rita et moi avions compris que nous ne devions pas nous regarder, mais regarder ensemble, dans la même direction.

L’avenir nous promettait des lendemains qui chantent et des réveils soyeux comme le tissu dans lequel elle emballait ce corps qu’elle badigeonnait d’huile de cachalot, un remède magique contre les vergetures.

Rita et moi, c’était le pinacle de l’amour physique. Le sexe vécu comme l’aboutissement d’une relation que nous savions définitive, éternelle. Je lui défonçais régulièrement l’anus pendant qu’elle s’abreuvait de cocktails de baies roses et d’aquavit en poussant des grognements qui affolait Kelloggs, son connard de cabot à la gueule de pétales de céréales.

Ne sont-ce pas là de tangibles preuves d’un amour vrai ?

Sans doute, est-ce son irritation à se voir aussi régulièrement soumise à d’anales intromissions qui la poussa à une révolte aussi brutale qu’inattendue !

-          Tu me fais chier, ma lâcha-t-elle, tout de go.

-          Je vois, répondis-je.

Ce fut le début de la fin du déclin de notre relation. Aux jours heureux succédèrent de lamentables disputes pour un oui, parfois pour un non. Elle se muscla le fessier pour que je ne m’y introduise plus et cette grève du rectum marqua d’une pierre définitive la fin de l’eau qui faisait déborder la dernière goutte du vase de nos sentiments et qui alimentait le torrent de nos pulsions dévastatrices.

Je lui fracassai le crâne avec un bronze artistiquement sculpté -  en souvenir de nos ébats, le bronze - et entrepris de la découper en menus morceaux.

Oui, c’était moi l’assassin de Rita Kleinusbrëd et l’évocation de ce meurtre me poussa à consigner mes aveux.

Une fois le texte rédigé, les éditeurs allaient se battre pour le publier.

J’en étais convaincu.

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