De balanophage à ulotrique

Balanophage nom invariant en genre ou adjectif

                Une femme vivant du commerce de ses prestations érotiques et ne pratiquant que le sexe oral pourrait bénéficier de cette appellation (non contrôlée). En effet, Littré définit ce terme de la manière suivante : « Qui vit de glands ».  Il entend par là : qui s’en nourrit exclusivement.

Aucun lien avéré n’a été établi aves la folie des balanophages, hâtivement traduite par « folie des glandeurs ».

 Bordel nom masculin

                S’il faut en croire le « Petit Dictionnaire des Mots Retrouvés » parus en 1938, il s’agirait d’un petit berceau à roulettes, en usage dans le Bordelais, ce qui expliquerait son nom. Ce qui est interpellant, c’est que si le mot a été retrouvé en 1938, il a sûrement été reperdu, depuis, non ? Elle est idiote ma réflexion ? Qu’importe. Notons, qu’à l’époque, lorsque l’on affirmait avoir mis sa fille au bordel, il fallait bien comprendre que la petiote s’en était allé dormir.

 Butyreux, -euse adjectif

                Qui a rapport avec, qui a l’apparence, qui a la consistance du beurre.

                « Il restait au fond du verre, après qu'on avait bu, une sorte de crème épaisse et presque butyreuse que les pailles n'aspiraient plus. Ma soif et ma gourmandise furent plus fortes que mon dégoût; mais j'en gardai, longtemps après, l'estomac lourd et la langue comme épaissie. », nous dit André Gide dans son journal. Mais que diantre avait-il avalé pour que sa langue en fût à ce point épaissie ?

 Callipédie  nom féminin

Art de faire de beaux enfants.

Pour mesurer combien cette « art » a évolué, pour comprendre combien la technique de procréation par duplication génétique, le clonage,  eût pu sembler une monstruosité « sciencefictionnesque » à nos ancêtres pas si éloignés, je vous suggère de vous plonger dans un excellent ouvrage intitulé Hygiène et Physiologie du mariage,  actuellement introuvable puisque paru en 1862. La magie de la numérisation rend ce livre aujourd’hui accessible et c’est très bien ainsi. Ce manuel pratique, éloquemment sous-titré Histoire naturelle et médicale de l’homme et de la femme mariés, dans ses plus curieux détails fut rédigé par un certain A. Debay. Cette réjouissante lecture s’ouvre sur un magnifique plaidoyer pour le mariage, cette belle et noble institution, non seulement garante de la bonne moralité, mais que l’auteur présente comme étant le meilleur  remède contre bien des maladies mentales générées par la turpitude des pensées et les pratiques vicieuses qui en découlent. « Voyez cette jeune fille aux pâles couleurs, aux yeux cernés, languissants, à la démarche chancelante ; semblable à la fleur étiolée, elle penche le front vers la terre, faute d’une vivifiante caresse ; son cœur palpite, sa respiration est fréquemment interrompue par des soupirs ; ses digestions sont mauvaises, ses appétits bizarres ; elle désire une nourriture qui lui est contraire ou des substances qui ne sont pas des aliments. Si l’état fâcheux dans lequel elle languit persiste plus longtemps, la tombe, hélas ! va s’ouvrir et se refermer pour jamais sur elle. Mais qu’on la marie, qu’on lui donne le jeune homme qu’elle voit sans cesse dans ses rêves, l’hymen sera pour elle ce beau rayon de soleil qui dissipe le sombre nuage et rend au ciel son souriant azur. Alors, les roses renaîtront sur le visage de la jeune fille ; un sang plus riche circulera dans ses veines et lui assurera une santé robuste. » (…) « Il en est de même pour l’éphèbe, dont l’ardente puberté est le pronostic des violents désirs qui vont bientôt l’assiéger et le rendre morne, taciturne, s’ils sont comprimés sans espoir d’être satisfaits. Lorsque l’effervescence de la passion amoureuse se manifestera chez lui par des signes non équivoques, donnez-lui une compagne, afin qu’il puisse verser dans son sein cette surabondance de vie qui déborde par tous ses pores, et qu’au lieu de la dépenser inutilement, il la fasse servir à perpétuer sa race. Enfin, on peut affirmer qu’une foule d’hommes et de femmes d’un tempérament lubrique se seraient portés à toutes sortes d’excès si le mariage n’était venu satisfaire et apaiser ces fougueux transports, tristes fruits d’une organisation où  prédomine l’activité génitale. »

Quelle brillante glorification de l’union maritale !

                Mais, nous voilà loin de la callipédie, sauf qu’avant d’envisager la reproduction, il était assez indispensable de convoler.

Pour faire de beaux enfants, puisque c’est de cela qu’il s’agit, l’auteur de cet excellent manuel recommande de prendre des parents jeunes, en bonne santé, issus de milieux aisés et, de préférence originaires de villes assez éloignées géographiquement. Ce dernier critère peut interpeller, mais il découle de la réflexion de l’auteur constatant que le croisement des races produit, généralement, des enfants robustes et joliment proportionnés. Autre manière subtile de déconseiller le mariage avec la voisine, ou pire encore, avec la cousine ou le cousin avec lequel on risque de partager quelques gènes.

Pour preuve, cette réflexion majestueusement anthropologique : « Les Persans qui, dans le principe, étaient aussi laids que les Tatars, dont ils tiraient leur origine, ne se sont physiquement améliorés qu’après leurs mariages avec les Géorgiennes et les Circassiennes. » Pas convaincu ? Une autre preuve : « Les Romains avaient connaissance des bienfaits des croisements des races, c’est qu’ils avaient répandu le droit de bourgeoisie dans tous les pays conquis, afin de favoriser les mariages des vainqueurs avec les vaincus. »

                Soyons pratique : quelques trucs et astuces pour élaborer de magnifiques rejetons. « L’homme et la femme devront se préparer quinze jours à l’avance à la procréation, en s’abstenant de plaisirs vénériens. Ce temps est nécessaire à l’homme pour que la liqueur prolifique ait acquis son plus haut degré d’élaboration ; à la femme, pour que son système génital soit parfaitement disposé à recevoir et à retenir.  Ils useront modérément l’un et l’autre des choses de la vie, se coucheront de bonne heure et se lèveront matin. Ils éviteront les causes de passion et d’émotions violentes qui ébranlent le système nerveux et portent le désordre dans les fonctions vitales. Ils feront usage d’une nourriture saine et abondante, mais ils règleront la quantité d’aliments sur les forces digestives de l’estomac ; car les excès dans le boire et le manger retentissent sur l’organisme entier. Ils s’abstiendront de tout travail de corps et d’esprit capable de les fatiguer. La promenade, l’exercice modéré, les séjours à la campagne donnent aux poumons un air pur à respirer et procurent d’agréables distractions. Les quinze jours écoulés, ils se consulteront pour voir si l’un et l’autre se trouvent dans un parfait état de santé, exempts de tout malaise, de toute indisposition ; car, si l’un des deux se trouvait légèrement indisposé, il faudrait attendre que l’équilibre fût rétabli. Enfin, le moment et le lieu le plus propices à une belle procréation sont, d’après nous, le matin, au lever du jour et dans le lit, lorsque l’organisation a puisé l’énergie dans un sommeil réparateur. C’est alors que l’homme doit embrasser tendrement sa femme et celle-ci lui rendre affectueusement ses caresses afin  augmenter la joie et les forces affectives de son mari ; c’est alors que les deux époux, réunis par une délicieuse étreinte, doivent déployer et confondre tout ce que leurs cœurs recèlent d’attachement, de bonheur et d’amour.

Là ne se bornent pas les règles callipédiques et, aux préceptes que nous venons de tracer, on en joindra d’autres tels que la conduite physique et morale de la femme durant sa grossesse, la conduite physique du mari à l’égard de sa femme etc.

                Et maintenant, vous n’aurez plus la moindre excuse !

 Gastralgophobie nom féminin

                Peur phobique des maux d’estomac. Cette phobie peut générer des ulcérations gastriques très douloureuses pour l’estomac. C’est con, quand même !

                Synonyme : stomachophobie.

 Logollalique adjectif

                Je chus sur ce verbe en lisant l’anthologie de la Belgique de Patrick Roegiers. Il y évoquait la personnalité d’André Baillon en ces termes : « J'aime qu'André Baillon jongle avec les mots à la folie et convie le lecteur à un délire logollalique où le langage couvé des yeux, plein comme un oeuf, sort tout cuit de sa coquille… » S'en suit un texte du sieur Baillon en question, fou littéraire s'il en est, où l'auteur joue sur les sonorités des mots et parle des œufs!

Une fois de plus, mon ignorance du grec et du latin, à cause de cette paresse qui me caractérisait déjà dans mon adolescence et orienta mes choix vers des options plus faciles, cette ignorance me mit dans le plus grand embarras.

Mais, j’avais des ressources et dans un courriel bien ficelé, je fis appel à André Clette, mon éminence grise, mon maître étymologiste, ce linguiste qui reconnaît en chaque mot, sa racine, ses origines, et qui, lorsque son érudition est mise en difficulté, n’hésite pas à faire appel à une imagination aussi fertile que le delta du Nil.

Voici sa réponse :

C’est en effet un très beau mot qui mérite qu’on s’y arrête. Je ne l’ai jamais lu ni entendu. Je te remercie de me l’offrir et m’en vais de ce pas me pencher sur son cas.

À première vue, je pense que l’orthographe correcte devrait être « logolalique ». Il n’y a pas de raison de redoubler le « l ». cfr. « écholalie » et « glossolalie », « Eulalie »

Formée à partir des préfixes et suffixes grecs -logos-(logoV), « parole, mot, discours », et -lalein (lalein), « parler, bavarder », la logolalie consisterait donc à « parler la parole ».

Formidable redondance pléonastique, hypertrophie du truisme, exubérance de la lapalissade, le logolalique parle la parole, il verbalise les mots, discoure le discours et cause la causerie, en conversation il devise, il débat de la discussion, il bavarde en dialoguant, il baragouine le jargon et jargonne le baragouin. Va-t-il jusqu’à penser la pensée, on ne sait, mais on imagine sans peine le logolalique, au bord de l’étouffement, des mots pleins la bouche, cherchant à pondre sa langue comme il paraît que la bête vomit des grenouilles quand vient l’apocalypse.

 Aime-t- il ces mots qui l’assaillent ? Nous l’ignorons mais, pour son équilibre mental, il est préférable que le logolalique soit aussi logophile, ce qui ne le contraint pas à être philologue. Sachons faire la différence.

Dans le même ordre d’idée, ne confondons pas la logolalie (logos+ lalein) avec la laliologie (lalein + logos), discipline qui n’existe pas, mais que nous brûlons d’inventer.

Pour l’instant, nous nous contenterons d’être logolaliologue, le temps de cette brève épitre déclenchée à son insu par le mal nommé Baillon qui, sans doute en guerre contre son nom, fut un merveilleux logolaliomaniaque, parleur de parole et non, parleur de cette prétendue Parole venue d’on sait quel Verbe qui se serait fait chair, mais bien de la bonne parole de chez nous : la logolalie ou « quand le verbe se fait verve »(à ne pas confondre avec la logorrhée : « quand le verbe se fait merde ».

 Paternatalophobie nom féminin

            Peur des pères Noël. Cette phobie se manifeste violemment chez les parents horrifiés par l’appétit incommensurable de nos chérubins, enfants de la télé et de la pub.

 Phobophobie nom féminin

            Parmi toutes les craintes, toutes les trouilles, toutes les angoisses, voici sans doute la plus tragique, la plus surréaliste, la plus bouleversante, c’est la peur d’avoir peur. C’est une peur qui se mord la queue, qui tourne en rond, qui rappelle l’histoire de l’œuf et de la poule.

 Scritorrhée nom féminin

                J’aime bien ce mot dans la mesure où il n’existe dans aucun dictionnaire, du moins à ma connaissance. Dans son autobiographie de la Belgique, à la lettre « E »,  Patrick Roegiers consacre quelques lignes à la naissance de la princesse Élisabeth, fille de Mathilde et Philippe de Belgique, en 2001.  Il écrit : « Sa naissance provoqua dans le royaume de Belgique une scritorrhée sans précédent. » On en déduit, car le lexicologue se mue parfois en un habile enquêteur, que le terme est une adaptation au lexique journalistique du mot logorrhée qui désigne un afflux de paroles, un bavardage incontinent, un bagout éloquent, une faconde incontrôlable. La presse se fendit à l’époque d’une multitude d’articles sur le sujet, sur cette naissance perçue comme un fait historique et refit de la Belgique, le temps d’un rot, ce petit pays prospère et paisible où chacun se comprend.

                Mais, avant de conclure à propos de ce terme, il me semble indispensable d’interroger l’excellent André Clette, mon joker de luxe, ma (p)référence pour s’enquérir de son opinion sur la question.

                C’est à toi, André.

« J’ai quelque peu connu Patrick Roegiers autrefois.

Dans les années 60, nous subissions les assauts pédagogiques en tous genres de la même bande d’ecclésiastiques malodorants dont les soutanes hantaient le collège Saint-Pierre à Uccle, pépinière de la bien-pensance catholique et cossue.

Je me souviens que Patrick Roegiers imitait très bien Luc Varenne. Peut-être eut-il été avisé de s’en tenir à ce modeste talent car il semble que ses écrits confinent au charabia. Non content d’écrire « logolallique » avec deux « l », le voilà qui nous sert le mot « scritorrhée », abracadabrantesque aberration de son invention.

 En effet, le mot « scritorrhée » n’existe pas, et ne saurait exister, comme nous l’allons montrer tout à l’heure. Au demeurant, le mot « scriptorrhée » n’existe pas davantage.

 D’aucuns le déplorent, ainsi que l’atteste cet article tiré de la « Liste de mots orthographiquement difficiles » sur l’excellent site www.echolalie.org que je ne saurais assez conseiller (on y trouve notamment la « liste des dix stations de métro de la ligne 13 dont le nom comporte un tiret », de même que l’indispensable  « liste de villes qui ont une place avec une statue de mathématicien »

Logorrhée n. f.

o        1. Littéralement diarrhée verbale ou incontinence verbale. Trouble du langage caractérisé par un besoin irrésistible et morbide de parler. SYN. Verbigération.

o        2. Litt. Long discours creux; verbiage. Flux de paroles inutiles.

o        Comme cela ne semble pas s'appliquer à de l'écrit, on ne pourra donc (?) pas qualifier certaines listes de logorrhée. Alors quel nom pour de la diarrhée écrite ?

§       Scriptorrhée ? Scriptigération ?

(au passage, je ne saurais non plus assez conseiller une visite de la définition du mot « verbigération » à l’adresse suivante : http://www.desordre.net/labyrinthe/azerty/verbigeration.html . J’en ai  fait l’expérience. Mon émerveillement fut total.

 Mais revenons à nos moutons.

 Si nous examinons la liste des mots formés avec le suffixe –rhée (du grec ancien ῥέω, rheo (« couler »), un premier constat s’impose : tout cela est assez dégoûtant.

Jugeons-en en ouvrant n’importe quel glossaire médical : on y trouve « blennorrhée » (infection gonococcique des voies génitales caractérisée par un écoulement purulent à travers le méat urétral), « diarrhée », « leucorrhée », (écoulement muqueux ou purulent se faisant par la vulve et dû la plupart du temps à une infection microbienne, parasitaire ou mycosique). « rhinorrhée » (écoulement de liquide séreux par les narines), « otorrhée » (écoulement de liquide séreux, muqueux ou purulent par le conduit auditif externe, pouvant provenir de l'oreille externe ou des cavités de l'oreille moyenne), « galactorrhée » (écoulement laiteux de mamelon chez une femme qui n'allaite pas ou parfois chez un homme ; sécrétion trop abondante de lait chez la femme ou la femelle qui allaite) , « séborrhée » (augmentation pathologique de la sécrétion des glandes sébacées de la peau), sans oublier « aménorrhée », « cystirrhée », « entérorrhée », « épirrhée », « gastrorrhée », « hépatorrhée », « hystérorrhée », « pneumorrhée », « prostatorrhée »,…

 Ragoûtant, non ? En tout cas, je me demande comment ou peut laisser s’écouler de son corps autant de choses aussi répugnantes. Surtout si l’on a été au collège Saint-Pierre.

 Mais revenons à nos boutons.

Au-delà du dégoût que nous étreint, un second constat s’impose : tout cela vient de grec et rien que du grec. Saleté de grec.

Penchons-nous à présent prudemment sur le préfixe « scrito » et allons voir tout aussi prudemment chez les Grecs. Pas plus de « scrito » que de beurre en branche. En effet, « scrito », c’est de l’honnête italien tout ce qu’il y a de plus convenable.

Répétons la même opération avec le préfixe « sripto ». Pareil ! Cette fois, c’est de l’italien mort : « scripto », du latin scribere : « écrire ».

 Alors, je vous le demande, pourquoi un préfixe italien ou latin irait-il s’accoler contre nature à un suffixe grec ? Il ne peut s’agir que d’une improbable chimère forgée de toute pièce par un auteur qu’il faut bien qualifier d’incompétent, fut-il issu du collège Saint-Pierre (à Uccle). »

 C’était André Clette, en duplex depuis Pont-à-Celles, en pays noir.

 

Ulotrique adjectif

                Qui a les cheveux crépus. Il s’agit d’un terme d’anthropologie destiné à classifier les races selon leurs pigmentations capillaires.  Comme dirait Marine Le Pen : « Boutons l’ulotrique balanophage hors de nos frontières ! »

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×