Le mot nouveau est arrivé !

Malgré une pointe de jalousie de n’y point pouvoir participer, c’est pur ravissement que d’apprendre qu’une joyeuse bande de lexicologues soiffards élisent chaque année un mot nouveau, un mot désigné comme le néologisme le plus savoureux du moment.

C’est au Havre que cela se passe depuis une dizaine d’années ; c’est là que les académiciens joyeusement organisateurs du Festival du Son et du Mot Nouveau, plus vifs et réactifs que ceux de la noble académie qui en sont encore à méditer sil est de circonstance de faire entrer au Dictionnaire des termes comme calculette et autoradio, ont élevé le mot « phonard » au rang de mot de l’année.

Faut-il se lancer dans de longues explications pour définir ce terme ? Tout le monde aura compris qu’il désigne un accro du portable, une personne en état d’addiction téléphonique, de cette race de goujat(e)s qui privilégient le texto abscons à la bonne vieille conversation en tête à tête, la nouvelle race de communicateur insupportable qui a fait sien le dicton « Jamais son GSM ! »

Précédemment, ces garnements ont élu d’autres termes savoureux qu’il me plaît de partager. Bistrotter et désoiffer ne demandent guère plus d’explications ; bonjoire, quant à lui désigne une expression que l’on peut lancer à ce moment de la journée où l’on hésite entre bonjour ou bonsoir ; l’ordinosore désigne le matériel informatique désuet, voire dépassé dont vous disposez peut-être, cette vieille bécane qui rame des heures avant de se mettre en route, tandis que l’adjectif automagique désignera un objet, une machine, un ustensile qui fonctionne d’une manière que l’on ne parvient pas à comprendre. A ce dernier, qui figurait dans les nommés à l’élection de ce cru 2010 du mot nouveau de l’année, ajoutons le verbe dormioter, entre somnoler et dormir, transpérer qui indique le fait de souhaiter tellement fort quelque chose que l’on se met à transpirer et le magnifique intermitteux, qui désigne la personne qui alterne des périodes d’emploi sous-payé avec de longs moments d’inactivité professionnelle, moins délicatement appelée chômage.

Mais, c’est donc le phonard qui a émergé parmi le jury des sommités appelées à désigner le mot qui sera à l’honneur d’ici la prochaine édition du festival. Remarquons, de manière à ne pas décevoir la chienne de garde qui dormiote peut-être dans l’esprit de certaines lectrices, que le jury ne s’est pas prononcé sur la féminisation du mot lauréat. On laissera donc chacun libre de traiter sa sœur de phonasse ou sa belle-mère de phonarde.

 

Belle initiative, n’est-ce pas ?

Quelle meilleure façon de rendre une langue vivante que d’en jouer, d’en abuser, de la violenter, la triturer pour en extraire la substantifique moelle, lui donner du sens, de la vigueur, de l’énergie.

Présidée par un certain Éric Donfu, l’académie havraise nous interpelle par sa joie de vivre, son plaisir de créer, d’innover, d’inventer.

Notre langue n’est pas morte, elle n’est sûrement pas enfermée dans de gros volumes poussiéreux et rébarbatifs, et, à l’heure où tout le monde soupire sur la complexité du français, quel bonheur de voir sortir des profondeurs enfumées du café de la Marine, à l’ombre du port de marchandise, ces mots turlupins, coquins sortis de l’imagination de quelques plaisantins qui ont créé la linguistique de comptoir.

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