Faut-il être Belge et sauvage pour avoir bon ?

Faut-il être Belge et sauvage pour avoir bon ?

Faut-il être Belge et sauvage pour avoir bon ?[1]

 

À Noël Godin et DD Stas

 

Prenez une terrasse de bistrot, appelez-la « Café de l’Ouest », placez-la au milieu d’un doux vacarme breton, peignez du soleil tout autour, arrosez le tout de litres de bière ou de vin ou de quoi que ce soit et secouez le tout, le Belge aura bon.

 Avoir bon signifie, histoire d’accorder une chance à l’auxiliaire ennemi, être bien.

 Élargissons le champ : avoir bon indique de la part du locuteur qu’il se sent bien dans sa peau, sans recourir à d’inutiles  artifices odoriférants, c’est du bien-être naturel, sain, durable et sans additifs.

Quoique !

On peut avoir meilleur que bon lorsque l’on dépasse les bornes, que l’on outrepasse les convenances, que l’on fait chanceler les plus élémentaires convenances.

Péter en rue, par exemple, peut permettre de ressentir un sentiment de plénitude, une jubilatoire sensation qui s’exacerbe grâce aux regards outrés lancés par les culs gercés. Surtout lorsque ceux-ci promènent leurs morveux et qu’ils se mettent subitement à pousser plus vite encore le landau dans lequel repose l’enfant-roi.

 On peut avoir bon aussi en pratiquant le rire.

Le mieux, c’est de rire pour un rien.

Il est préférable que le rire soit tonitruant, qu’il éclate comme un pétard de manière à ce qu’il remplisse sa fonction communicative. Car le rire ne se prête pas, il se donne, il se partage sans compter, il n’est pas avare pour un sou vaillant.

 La locution verbale avoir bon compte quelques joyeux synonymes comme « On est quand même bien pour des petits ouvriers ! », prononcé sur un ton débonnaire avec un léger soupir sur la fin et, pour accentuer la conviction, un soupçon d’accent liégeois.

 Observons l’individu qui a bon : il pouffe, secouant ses petits poings serrés et s’écrie « Des gâteaux, des gâteaux ! » lorsqu’apparaît la domestique malouine préposée aux petits fours ; le matin, il attaque, baïonnette au canon, le buffet petit-déjeuner et dévore 4 ou 5 croissants de ses dents joyeusement acérées parsemant son ventre saugrenu de miettes dorées qu’il omettra de frotter, savourant anticipativement le glissement des mains étrangères et forcément féminines qui viendront chasser les intruses.

Et le bonheur de se repaître illumine sa mine chafouine, l’adjectif illustrant métaphoriquement ses multiples identités.

 L’être qui a bon est dans le bon.

Il lui arrive de soupirer, ponctuant un bon gros éclat de rire avant d’attaquer le suivant : « Ah, j’suis content d’être venu ! », expression qui indique que l’homme aurait pu être ailleurs, un endroit où l’on n’a pas nécessairement la garantie d’avoir bon, parce que l’ailleurs est partout et qu’il est impossible d’être partout à la fois, même quand on est un grand couturier.

Jean-Philippe Querton

01/06/2012



[1] Ce texte aurait aussi pu s’intituler « Fais pas le Malouin ! »

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