La bibliothèque dans les chiottes

La bibliothèque dans les chiottes

 

J’aime qu’il y ait des livres partout.

Pas seulement dans le salon ou la chambre à coucher, mais partout.

Des livres dans la cuisine, pas nécessairement des encyclopédies bourrée de recettes, d’ailleurs ; des livres dans le hall d’entrée pour que le visiteur se sente bien accueilli ; des livres dans la salle de bains, des livres partout.

Il n’y avait que dans les toilettes qu’il n’y en avait pas.

Enfin, si parfois l’un ou l’autre bouquin trainait, surtout en période de gastro-entérite, quand on sait qu’on passera une bonne partie de la journée sur le pot.

Mais il n’y avait pas de meuble pour accueillir les livres destinés aux toilettes.

Je voulais une petite étagère, quelques morceaux de bois, histoire qu’ils ne demeurent pas sur le sol, comme de méprisables objets récoltant les jets d’urine mal dirigés des mâles maladroits ou d’enfants pressés.

Je me suis ouvert à ma femme de mon grand projet : installer une bibliothèque dans les WC. Elle me connaît et ne s’étonne plus de rien, au contraire, elle s’en amuse.

C’est pratique de vivre avec quelqu’un qui, aussitôt qu’une idée est jetée, concrétise  celle-ci en un clin d’œil.

Finalement, pourquoi se lancer dans la conception fastidieuse d’une étagère, pourquoi faire des plans, prendre des mesures, acheter des planches, sortir la scie-sauteuse de sa boîte, remettre la main sur la colle à bois (et la caravane passe) ?

Elle a levé les yeux, signe d’une intense réflexion et s’est joliment élancée vers l’étage. Je souriais en regardant ses hanches et ses fesses. J’aurais pu suivre sa trace et la basculer sur le lit conjugal, mais j’avais très envie de relooker mes chiottes.

Quelques minutes et un peu de brouhaha plus tard, elle est revenue, portant un triomphalement une petite caisse en bois blanc. Ce genre de caisse où l’on niche quelques bouteilles de vin, trois ou quatre, pas plus, et dont la profondeur est suffisante pour faire reposer un livre de poche sur sa largeur.

J’ai posé l’objet contre le mur, lui cherchant la meilleure place.

Ce fut rapide.

Un mètre au-dessus de la cuvette, sur la droite en entrant, sur la gauche pour le déféqueur assis, un peu de biais, mais pas sur la pointe.

Deux coups de visseuse plus tard, satisfaits, nous admirions notre initiative.

Restait à remplir la bibliothèque dans laquelle pourraient piocher les futurs visiteurs des lieux.

Il nous a semblé pertinent d’y placer quelques uns de mes livres !

Notamment, Des capiteuses pensées, un recueil d’aphorismes dont je ne me sens pas peu fier qui trône donc place du Trône. Nous lui avons adjoins de ces livres qui se picorent comme des sucreries dans un paquet de cellophane, de ces bouquins que l’on peut ouvrir à n’importe quelle page parce qu’ils recèlent de pensées, de maximes impertinentes qui rendent moins ennuyeuses les séances de popo.

Pour la fine bouche, désireuse d’en savoir plus sur la philosophie qui nous anime et nous fait aimer la vie, nous avons posé dans la caisse de guingois Le manifeste des chômeurs heureux, L’éloge de l’oisiveté de Bertrand Russsel et le Petit traité de désinvolture de Denis Grozdanovitch.

Et quelques autres.

Des livres qui sont bien à leur place.

Je suis content, j’ai une bibliothèque dans mes toilettes.

Quand vous passerez à la maison, n’hésitez pas à nous demander la permission d’aller au petit coin !

 

Jean-Philippe Querton

30 avril 2012

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