De Simenon à Querton: le nouveau polar wallon

“ L’homme à la Chimay Bleue ”, titre de l’un de ses romans. L’alchimie parfaite entre le héros principal et l’auteur? A.B.

Ecaussinnes LOIN DU GONCOURT, La littérature prend son envol Dans la cité de l’amour.

Le romancier Jean-Philippe Querton nous reçoit dans les entrailles de son inspiration.

En attendant le Goncourt et le Renaudot, Jean Philippe Querton, romancier d’Ecaussinnes, se prépare à sortir son 5ème  roman. Rencontre avec ce grand amateur de Chimay bleue.

C’est au cœur d’Ecaussinnes, petit bourg aux faux accents médiévaux, que l’auteur nous accueille. À l’heure où l’actualité littéraire est sur son 31, il évoque, sans langue de bois, une cigarette roulée au bec et une Chimay bleue pour l’épauler, le prix Goncourt et la fièvre consumériste qui l’entoure.

Il n’est pas étonnant que ces prix soient remis deux mois avant les fêtes ” nous confie-il.

Il regrette que ces prix résultent plus souvent d’arrangements entre éditeurs que d’une réelle volonté à dénicher de nouveaux talents.

Même si à notre question, il répond du tac au tac: “ Le Goncourt? J’aimerais bien l’avoir. ”

Il estime que l’essentiel n’est pas là. Par contre, quand on lui annonce que Beigbeder est le lauréat 2009 du Prix Renaudot, il jubile: “ Ah Begbeider, j’adore. Il va bien rigoler celui-là ”. Conseiller au Forem, Jean-Philippe Querton, est passé par bien des chapelles avant d’en arriver là. Restaurateur, éducateur, cafetier ou encore caissier de station-service. Autant de professions qui ont su donner à cet enfant d’Écaussinnes le goût des situations glauques et nocturnes. Ce grand lecteur de Simenon déploie son style dans le roman policier qu’il affectionne tout particulièrement. Ses personnages atteignent souvent la rupture pour mieux renaître. Selon lui, “ Tout individu ressent à un moment donné une sorte de ras-le-bol dans sa vie ”. Une sorte d’allergie à la routine et au train-train quotidien. Jean Philippe Querton a mis du temps avant de pouvoir trouver écho à sa plume. Après voir tourné la page sur son métier de restaurateur, il devient salarié. Chose qui lui permettera de consacrer plus de temps à sa passion. Il lui faudra attendre près de 2 ans avant de pouvoir être publié. Il signe avec l’ASBL “ Chloé de Lys ”, située à Barry près de Tournai. Peut-il en vivre pour autant? Rien n’est moins sûr. “ Je n’écris pas pour l’argent ” avoue il modestement. une façon détournée pour nous dire qu’en Belgique, seulement une petite vingtaine d’auteurs peuvent se permettre ce luxe. Peu importe pour l’Écaussinnois qui écrit quand bon lui semble. Il confesse ne pas écrire durant des semaines et à d’autres moments, être très prolifique. “ Quand j’écris, je me lève très tôt. Je commence vers 4 heures jusque 7 ou 8 heures. C’est un moment très calme, bénéfique à l’écriture ”. Son dernier roman, écrit en 4 mois, évoque le paradoxe entre le désir sexuel et le poids que représente la morale et l’éducation sur l’esprit humain. Il ne s’agit que l’un des nombreux thèmes que l’homme traite dans sa littérature. De la pègre du secteur de la construction louviéroise au club de football des Loups en passant par l’hôpital du Tivoli, tout y passe. Jean-Philippe Querton sera-t-il à la cité des Loups ce que James Ellroy est à la cité des Anges? Le lecteur du Centre pourra se faire son opinion en trouvant ce romancier inhabituel dans les rayons de son libraire.

Alors que le jury du Goncourt, récompense Marie N’Diaye pour son roman, trois femmes puissantes, et créé par la même occasion la surprise en récompensant la première femme en 10 ans. Espérons que l’année prochaine, le monde littéraire parisien se penchera sur ce phénomène de la littérature écaussinnoise.

 Dans l’antre de l’auteur

Ecaussinnes et son château, la place rêvée pour écrire? A.B.

La place des comtes.

Écaussinnes, lieu magique pour Jean-Philippe Querton? Le romancier avoue volontiers s’inspirer de son fief natal et de ses habitants pour tisser la trame narrative de ses récits.

“ Dans ma vie, j’ai eu l’occasion de rencontrer un commissaire de police que j’ai incorporé dans l’un de mes romans ”.

Dès son arrivée dans une taverne de la Place des Comtes. l’auteur y est comme chez lui. Même s’il préfère écrire loin des fûts et du tabac, il confesse volontiers s’inspirer de cette ambiance enfumée pour faire fulminer son esprit créatif. Il ne délaisse, néanmoins, pas la cité des Loups quand il s’agit de s’inspirer de truands du secteur de la construction ou d’une équipe de football mouvementée. Entre mythes et réalités, les polars de Jean-Philippe Querton dépeignent une atmosphère tantôt glauque tantôt étrange avec des personnages hauts en couleurs. Le romancier confond souvent sa vie avec celles de ses héros. Ainsi, sa brève carrière comme caissier d’une station-service a été mise en scène dans son roman “ Pronunciamento ”.

L’œuvre à consonances espagnoles qui narre la rencontre fortuite entre un groupuscule terroriste et ce caissier d’une station-service se déroule dans un chalet. Un chalet comme les autres? Pas du tout.

Il s’agit d’un chalet qui ressemble étrangement à un lieu calme des Ardennes belges. Lieu de villégiature occasionnel du romancier. Rien n’est donc dû au hasard. En effet, il n’en faut pas moins à l’auteur pour s’approprier un lieu ou une situation et les faire siennes pour le bien être de l’histoire. “ L’homme à la Chimay Bleue ” en est un autre exemple. Faut-il voir dans ce roman, un lien entre l’auteur et le héros? En cette période de Toussaint, entre le vent qui souffle et les feuilles qui virevoltent, la Place des Comtes coincée entre le Château-Fort et la Sennette revêtent plus que jamais un costume digne d’un film policier.

D’où cette étrange corrélation entre les écrits de Jean-Philippe Querton et sa passion pour l’œuvre de Georges Simenon.

Et si la région du centre devenait une terre fertile à l’imaginaire?

 

 

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