Le Poulet aux Olives

4ème de couverture.

 

Marcel Quinchon est un personnage d’une affligeante banalité !

Un antihéros teinté de romantisme.

Pratiquant en dilettante le métier de détective privé, il profite de la vie sans crainte de sombrer dans l’excès.

Il aime boire et vénère la gastronomie ; il voue un culte à la femme tout en revendiquant la seule richesse qu’il déclare posséder et qu’on ne puisse lui saisir : la liberté !

Rythmant son quotidien en fonction des moments privilégiés réservés à l’apéritif anisé et aux copains, il se retrouve mêlé à une affaire qui démarre comme une banale filature d’un mari soupçonné – à tort d’ailleurs – d’infidélité conjugale.

Acceptant la mission pour des raisons purement alimentaires – les temps sont durs et le bistrot coûte cher – il se retrouve plongé près de soixante ans en arrière.

Pendant la seconde guerre mondiale le clan des « Constant », famille pourtant honorablement connue, se déchire ; il y a ceux qui prennent le parti de la résistance et ceux qui sombrent dans la collaboration de façon outrancière !

Petit à petit, les témoins de ce passé troublé autour duquel la loi du silence s’est installée, périssent de la main d’un mystérieux justicier.

L’enjeu est de taille, il y a un solide héritage à la clé!

Le dernier survivant de cette sinistre saga sera-t-il le coupable ?

C’est ce que Quinchon tentera de vérifier … tant qu’il restera des acteurs en vie.

 

 

 Journal d’écriture.

Un premier roman, c’est comme un premier enfant.

On se fait la main, on commet des erreurs, on doute de soi…

La rédaction du Poulet aux Olives débuta en 2000, alors que je venais de sortir d’une longue période d’activité professionnelle en tant qu’indépendant dans la restauration.

Sept longues années au service de la cuisine, de la clientèle…

Sept années de combat contre les créanciers, les fournisseurs, les huissiers, les banques, la TVA, les contributions…

Juste assez pour être dégoûté de ce métier que j’avais choisi d’exercer par passion.

Lorsque je revins à une vie professionnelle plus classique, avec des horaires « normaux », je décidai de m’octroyer plus de temps pour m’adonner aux activités dont je me sentais frustré par cette période épuisante, tant physiquement que psychologiquement.  Sans parler des dégâts collatéraux au niveau familial.

 

J’inventai tout d’abord le personnage du détective Marcel Quinchon ; je le voulais débonnaire, paisible, sensible, grand fumeur et profondément alcoolique. J’imaginai une intrigue, la souffrance d’une famille déchiquetée par des convictions diamétralement opposées durant la seconde guerre mondiale, le clan des résistants contre celui des collaborateurs. Et cette déchirure toujours vivace, toujours meurtrière 60 ans plus tard.

Le limier tombe dans cette affaire par hasard.

 

L’écriture prit du temps, dans un premier temps à la main, puis sur traitement de texte et, une fois la dernière ligne rédigée, commença la traque à l’éditeur.

Des refus, des dizaines de refus, avant que Chloé des Lys ne m’appelle. C’était en juillet 2004. Cela faisait un an que j’avais abandonné toute idée d’être édité.

 

Quand le livre paru en novembre 2004, ce fut une cruelle déception.

S’il fut bien accueilli par les lecteurs, le bouquin n’en demeurait pas moins truffé de coquilles et de fautes.

C’est pour cela, qu’un an plus tard, je décidai de le réécrire, donnant à l’objet plus de qualité et à son auteur, plus de crédibilité.

 

Le Poulet aux Olives restera le premier, et forcément, c’est un ouvrage que je considère avec une tendresse toute particulière.

 

 

Extrait 1 : Où un des protagonistes se remémore la recette du poulet aux olives.

 

 

Du poulet aux olives !

Cette recette que Madame Constant, lorsqu’elle le daignait, autrefois, réussissait d’une manière prodigieuse.

Elle détaillait en morceaux une volaille fermière, qu’elle faisait revenir à l’huile d’olive, puis dans une cocotte, où ail et échalotes avaient blondi quelques minutes, elle faisait mijoter le poulet dans un coulis de tomates, additionné d’un trait de vinaigre de vin, d’un autre trait de vinaigre balsamique, d’olives noires de Sardaigne dénoyautées et émincées, d’un bouquet de thym, de romarin, d’estragon, deux feuilles de laurier et … une bonne heure de cuisson au four.

C’était un régal qu’ils dégustaient, accompagné de pâtes fraîches, de parmesan râpé et de quelques feuilles de basilic, coupées à la dernière minute et qui embaumaient la maison de fragrances méditerranéennes.

Cette cuisine se conjuguait, désormais à l’imparfait.

Ayant allégé la recette, pour cause diététique, il n’avait plus droit qu’à deux cuisses d’une quelconque volaille de supermarché, soldée pour cause de date de péremption imminente, cuites dans un fond de concentré de tomates industriel, dans lequel baignaient une dizaine d’olives qu’elle ne prenait même plus la peine d’émincer.

Autrefois, au temps où ils donnaient encore l’apparence d’un certain bonheur, elle lui concoctait ce poulet aux olives comme un cadeau, elle savait qu’il adorait cela. Aujourd’hui, l’ignoble « fristouillis », l’infâme tambouille qui stagnait dans la marmite était bien  l’illustration de ce que leur couple était devenu : une relation gâchée, pourrie par les années de rancune.

- Merci, répondit-il, je n’ai pas très faim. Je vais dans mon bureau ranger les livres. Après, j’irai me coucher.

 

Extrait 2 : Au restaurant, Le héros, Marcel Quinchon plonge dans le menu.

 

Il fut tiré de sa rêverie.

- Monsieur aurait-il fait son choix ?

- Excusez-moi Madame, pas encore. Tout cela me semble tellement appétissant ajouta-t-il, comme s’il devait se justifier.

Il se sentait vraiment détendu dans cet endroit, l’ambiance feutrée, la douce chaleur contrastant avec la froidure du dehors, le fond musical jazzy, les petites lampes allumées à chaque table, et au loin, le bruit d’un fouet, battant vivement dans un poêlon de cuivre ce qui allait devenir une sauce béarnaise ou un sabayon. Il en oubliait presque que c’était par obligation professionnelle qu’il se retrouvait en ces lieux et qu’il risquait fort à son retour, d’avoir des démêlés avec la police de Rebecq en la personne de son chef, à qui il avait voulu soutirer abusivement des informations.

Faire son choix, car elle allait revenir !

Plonger dans la carte !

S’y immerger, s’en imprégner pour tenter de connaître celui qui l’avait conçue, sa personnalité, deviner, rien qu’à l’intitulé d’un plat, celui qu’il prenait le plus de plaisir à préparer. Après une première lecture, Quinchon était en mesure de brosser un portrait succinct du chef.

De sa façon d’accommoder le foie gras, il devinait une personne encline à une certaine jovialité, mais son carré d’agneau trahissait une certaine rigueur du personnage, voire une forme d’intolérance remarquable au fait qu’il ne put concevoir un autre appoint de cuisson que « rosé », ce en quoi il n’avait pas tort. La profusion de termes tels que « salmigondis », « méli-mélo », « composition de… » trahissait une prédisposition au plaisir d’un certain désordre, que ce soit dans son existence, dans sa vie privée, comme dans la vie sociale… une espèce d’adepte des préceptes libertaires, contradictoirement doté d’une personnalité autoritaire.

Quant au prix annoncé pour « Le chausson de Truffes du Périgord », il dénotait clairement une propension à la démesure de la part du cuistot. Que le saumon fût cuit à l’unilatérale aurait pu mettre en évidence une tendance à assumer difficilement la contradiction, mais Quinchon estima qu’il était en train de sombrer dans l’analyse de type astrologique, c’est-à-dire confondant l’élémentaire avec l’alimentaire. Pourtant l’homme devait être entier, comme son rognon et son homard.

«Faisons fi des demi-mesures ! » devait également faire partie des adages qui gouvernaient son comportement.

Il n’eut pas le temps de supputer plus avant et d’affiner son expertise que la copie conforme d’un d’Artagnan sur le retour surgit des cuisines en hurlant :

- Madame Sevrin, nous sommes à court de Cognac à l’office et le perdreau souhaiterait que je le flambasse.

On aurait dit une réplique mille fois répétée par deux acteurs complices.

Le bonhomme, dans son apparat de cuisinier, dégageait un charisme indubitable, on devinait un être passionné en qui on pouvait placer sa confiance aveuglément.

De sa voix grave, éraillée par quelques milliers de cigarettes, il salua chaque client, les appelant tous de leurs noms et commettant même un :

- Comment vont monsieur et madame Constant ? à la grande surprise de Quinchon !

Comme l’aurait dit Simenon, il était le seul « inconnu dans la maison » et cela lui valut un commentaire personnalisé du patron.

- Monsieur, bonjour. Puis-je me permettre de prendre votre commande ?

- Bien sûr ! Comme entrée, je suis tenté par « Le Croustillant de Pieds de Cochon à la Coriandre » Qu’en pensez-vous ?

- C’est une excellente idée. Ce plat est une création de la maison. Après avoir cuit et nettoyé les pieds de cochon, nous en faisons un chausson en feuille de brik, les amateurs de ce que les pseudo gastronomes appellent un « bas morceau » se régalent en général de ce plat.

- Cela me semble parfait. Pour suivre, le « Ris de veau à la moutarde et au miel » me semblerait assez judicieux. Cela fait une éternité, me semble-t-il que je n’en ai plus vu dans les menus.

- La dioxine, Monsieur !  La vache folle ! C’est à cause d’elle qu’on ne trouve plus ce produit dans les restaurants. Encore maintenant les gens se méfient.

Quand il parlait dans la salle, il monopolisait l’attention. Tout le monde l’écoutait comme le prêtre au moment du sermon, le détenteur de la bonne parole. Le sage parmi les sages

- Très bien Monsieur, on vous met tout ça en route. Je vais demander à mon épouse de vous apporter la carte des vins !

Quinchon était ravi qu’il ne lui ait pas suggéré de consulter le « Livre de Cave », tant il trouvait ce terme stupide, évoquant l’idée de punition. Si tu n’es pas sage, tu iras lire ton livre à la cave !

Il opta pour un Madiran. Il adorait ces vins du sud-ouest, superbement charpentés, riches en tannins, âpres en bouche et qui prenaient une ampleur démoniaque sur des plats forts en caractère.

Quinchon se demandait s’il n’eût pas été préférable d’opter pour « Le Magret de Canard au Sirop de Liège » quand il constata que les « faux Constant » dégustaient leurs assortiments de terrines de gibier avec un air béat qui faisait plaisir à observer. Il est vrai que les menus décrits par la véritable Madame Constant étaient à l’opposé des petites merveilles que concoctait Sevrin.

Il partagea rapidement l’allégresse générale, tant ce qu’il dégusta lui sembla délicieux. Succulence des plats, explosion de saveurs, le détective flottait sur un nuage de béatitude proche de l’orgasme stomacal. Les pieds de porc s’avérèrent magiques, une merveille de sapidité, un contraste de textures différentes, de parfums envoûtants par leur dosage et leur subtilité. Les ris, découpés en petits dés, légèrement panés et habilement sautés au beurre baignaient dans une sauce à l’onctuosité parfaite, preuve d’une grande maîtrise de l’art devenu rare de la sauce émulsionnée. Aux joies gustatives, l’artiste officiant aux fourneaux ajoutait celles du plaisir visuel, embellissant l’assiette d’une palette colorée de légumes croquants et de pommes de terres rougeâtres dénommées vitelottes.

Extrait 3 : Mort d’un suspect…

 

Il était parfaitement clair que Benjamin Constant ne répondrait plus à aucune question. Il s’était renfermé sur lui-même, comme un fœtus, la tête sur les coudes et les coudes sur les genoux, il ressemblait à un enfant puni, le regard dans le vide, perdu dans d’insondables pensées.

Un médecin s’était approché de lui pour l’examiner et soigner cet hématome qui bleuissait son arcade sourcilière, il lui parlait doucement, semblant craindre une réaction agressive de rejet de la part du patient à peine sorti d’une étrange crise de délire.

Les spécialistes de la police scientifique avaient terminé leur travail, et autorisé les services de la morgue à emmener le corps d’Eugénie.

L’accès au magasin était toutefois toujours interdit, ce que d’immenses balises menaçantes indiquaient clairement.

Le commissaire Laffont semblait prendre les choses en main. Il avait envoyé quelques agents faire une enquête de proximité, c’est-à-dire s’informer auprès des voisins pour savoir s’ils avaient remarqué des choses spéciales, la présence d’une personne suspecte, des cris, des bruits inhabituels … tout pouvait avoir une importance, il ne fallait rien négliger.

L’incontournable routine.

Ceux qui avaient assisté à la scène des divagations de Benjamin étaient partis. Il n’était plus que cinq dans la pièce : le médecin, les deux commissaires Limbourg et Laffont, Quinchon et bien sûr, Constant.

C’est à ce moment-là qu’il se passa quelque chose de très étrange.

La sonnerie du téléphone retentit et fit sursauter la petite assemblée réunie dans le salon à l’exception de Constant qui restait amorphe. C’était une sonnerie comme on n’en entend plus de nos jours. Un bruit strident et puissant, relayé, en écho dans les autres pièces de la demeure, par d’autres sonnettes murales. La hauteur des plafonds accroissait en écho l’effet assourdissant du vacarme.

Personne ne semblait réagir.

Laffont demanda au vieil homme s’il ne souhaitait pas répondre.

- Excusez-moi, bafouilla-t-il, je n’avais pas entendu.

Etait-ce possible ou se moquait-il, une fois de plus ?

- Allô !

Ce fut sa seule et ultime parole.

La personne au bout du fil dut parler environ trente secondes.

Au fur et à mesure que se déroulait la communication, le visage de Constant se décomposa à une vitesse vertigineuse. Les convulsions qui enlaidissaient sa figure étaient celles d’une douleur atroce, celles de quelqu’un à qui on annonce la plus effroyable des nouvelles.

La terreur, la panique, enlevaient à la vie un homme apparemment en bonne santé mentale, si ce n’est durant les dernières minutes de son existence. Petit à petit, il s’affaissait. Sa tête lui était rentrée dans les épaules, son dos s’était, progressivement recourbé, ses jambes semblaient ne plus pouvoir supporter le poids de son corps, puis il s’effondra, tentant une dernière fois d’amortir le choc de la rencontre de son corps avec le carrelage. Pour éviter la douleur ou tout simplement, pour partir discrètement, à l’image de toute son existence. Il semblait vouloir dire quelque chose, ses lèvres remuaient, mais aucun son ne sortait de sa bouche tordue par l’angoisse.

Constant mourait !

Les quatre témoins de la scène eurent chacun une réaction différente : fort logiquement, le médecin se précipita vers le corps de Constant, le commissaire Laffont attrapa le cornet de téléphone, dans l’espoir de découvrir d’où venait ce mystérieux appel, Limbourg empoigna son portable pour appeler une ambulance et Quinchon se dirigea vers le buffet dans lequel, Eugénie dissimulait la bouteille de cognac, dans l’espoir d’y mettre la main sur un remontant dont il avait un urgent besoin.

 

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