Pronunciamiento

4ème de couverture

 

 

Une histoire où l’on sait d’avance qu’aucun des protagonistes de l’aventure ne survivra !

D’un côté, un anonyme travailleur, caissier en station-service autoroutière, las du mépris et des agressions verbales de ses clients, des aboiements de ses supérieurs, des soupirs de ses collègues, fatigué de la banalité de son quotidien, de ses tracas familiaux et financiers, explose avec délectation la figure enfarinée d’une vieille dame qui voulait juste acheter un chocolat. C’est le début d’une révolte et d’une cavale vers nulle part.

Un lynchage professionnel.

De l’autre, trois braqueurs, membres « du Front Rouge Révolutionnaire » préparent un coup minable ! Quelques milliers d’euros pour financer la milice.

Pedro, l’ex-syndicaliste, militant de l’ultra-gauche prolétarienne a rejoint le maquis pour y œuvrer à la réalisation du rêve révolutionnaire, ce grand soir qui tarde à arriver ; Manon, enfant du viol, traîne sa haine de la société dans un combat qu’elle sait perdu d’avance, obnubilée par la mort et Gérard, dit le Ché, a rejoint la clandestinité par dégoût des luttes désillusionnées d’une gauche réformiste qu’il juge trop molle et sans ambition.

Ces quatre-là vont se retrouver dans un chalet minuscule niché dans une vallée bucolique de l’Ardenne belge. Ils vont apprendre à se connaître, à se comprendre, à se parler, à s’écouter. Loiseau, comme se baptisera le caissier en rupture avec le monde, tentera, après les avoir apprivoisés, d’aider ces trois personnalités fissurées par l’existence, à sortir des dogmes politiques et du langage doctrinaire qui leur a été inculqué par les leaders du mouvement politique qui les a débauchés.

C’est la dégustation d’une truite à l’ardennaise, préparée avec amour par ce cuisinier de fortune, qui déclenchera chez ces combattants du désespoir une nouvelle perception de la vie par le plaisir, la saveur, les émotions, les sourires qui illuminent les repas conviviaux.

Lorsque les véritables intentions des responsables du Front éclateront au visage des protagonistes de cette aventure, l’installation d’un régime totalitaire en Belgique, un tout autre combat s’engagera !

 

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Roman dur, roman de rupture, roman noir, roman rebelle ... quels sont les termes qui collent le mieux pour qualifier ce récit ?

Eloge de la clandestinité, plaidoyer pour le terrorisme, justification de la violence comme arme ultime en vue d’un changement social ?

Dans ce livre politiquement très incorrect, l’auteur règle quelques comptes avec une multinationale pétrolière bien connue et vous invite à un voyage bucolique et dramatique dans l’univers des derniers révoltés.

 

 

Journal d’écriture

 

« Pronunciamiento » : n .m . (1838, mot d’origine espagnole : "déclaration") Dans les pays hispaniques, acte par lequel un chef militaire ou un groupe d’officiers déclare son refus d’obéir au gouvernement ; manifeste rédigé à cette occasion. Tout coup d’état organisé ou favorisé par l’armée. (Le Petit Robert)

 

Le mot m’apparut comme évident pour le titre de mon second roman.

Il évoquait la révolte par la violence, le combat sanglant, une forme de désespoir nihiliste aux accents d’Amérique du Sud.

 

J’avais envie d’éclater de rage à force d’exercer un métier où le mépris, l’arrogance, l’agressivité et la violence constituaient mon lamentable quotidien.

C’est cette envie d’exploser la figure d’une innocente victime qui m’inspira le début du livre, le reste fut totalement imaginaire.

 

Pronunciamiento était écrit que Le Poulet aux Olives n’était pas encore publié.

Je fis, avec ce second ouvrage, l’expérience d’une solide arnaque à l’édition.

Du genre, je vous en publie 400 exemplaires et un mois plus tard, je vous assigne au tribunal pour payer la totalité des exemplaires.

Hélas, des killers pareils, des truands qui se sucrent sur le dos des écrivains trop heureux d’être publié, il en existe et le triste sire qui préside aux destinées des Editions Azimuts en est un digne représentant.

 

Je garde le souvenir de l’écriture de ce roman comme un retour à certaines de mes racines, l’Ardenne et les milliers de souvenirs qu’elle fait émerger à mon esprit.

 

 

  Extrait 1 : Premières pages.

 

Comment pouvait-elle être aussi laide et afficher un tel sourire ?

Elle dégageait jusqu’à l’écœurement l’odeur du fond de teint bon marché et, malgré cela, la vie lui paraissait joyeuse, futile, comme si son inesthétique olfactive ne rendait plus sinistre encore cette interminable journée pluvieuse.

La petite dame s’était approchée de lui, brandissant fièrement un chocolat et un paquet de biscuits qu’elle voulait tout simplement payer… tout simplement. Elle lui avait même dit « Bonjour  ». Exceptionnel !

Elle n’avait pas, comme certains, l’haleine de tabac noir et de bières mal digérées.

Ses mains étaient propres, manucurées. On n’y sentait pas la rudesse de la peau devenue rugueuse et insensible à force de manutentionner des tonnes de briques et de manier la truelle. Souvent, il s’était demandé quelles sensations devaient déclencher les cajoleries offertes par ces hommes du bâtiment aux paluches calleuses. Comme une caresse au papier émeri !

Elle pouvait avoir cinquante, soixante ou septante ans. Peu importe ! Il fallait une victime, et ce fut elle.

Etait-ce sa faute à lui si elle avait remarqué que son regard avait du mal à se détacher de cette jolie cliente aux longs cheveux bruns frisés qui emportait, tel un sésame, son paquet de « Marlboro Light » ?

La belle jeune femme emportait surtout les compliments du caissier à propos de ses yeux verts. Avec un sourire ingénu et les joues empourprées. Merveilleuse rougeur candide d’une Lolita nubile aperçue durant quelques fugaces instants ! Brèves secondes magiques, suspendant le vol du temps !

Qu’est-ce qu’elle avait à s’occuper de ça, la vieille ? Pourquoi avait-elle l’air de se moquer de la rêverie béate dans laquelle il demeurait plongé, l’espace de quelques secondes ?

Qu’est-ce que ça pouvait lui faire, à la vieille, que dix, quinze, vingt fois par jour, il tombe amoureux de tels cyclones qui l’avaient, lui, à peine aperçu ?

Il avait encore à l’esprit l’odeur de chèvrefeuille de la jeune fille lorsqu’elle, l’antithèse vivante de cette beauté juvénile, était arrivée, flanquée de cette grimace souriante et d’un parfum qui rappelait les effluves laissés par les produits sanitaires bon marché.

Il en avait la nausée ! Il aurait aimé être atteint de dysosmie. Faire don de ces foutues cellules de Schultze à un handicapé de l’odorat.

Elle avait tenté de l’amadouer par l’humour, pérorant sur les conséquences néfastes que pourrait avoir sur son taux de cholestérol, le bâton de « Côte d’Or » à soixante-neuf centimes qu’elle voulait s’offrir.

S’était-elle trouvée originale en geignant sur la complexité de notre nouvelle monnaie européenne, déversant sur le comptoir des dizaines de piécettes avec lesquelles elle reconnaissait avoir bien des difficultés ? Et tout cela avec ce sourire !

C’était son métier ! Son quotidien ! Depuis des années, il jouait à merveille son rôle de caissier de station-service autoroutière, mais aujourd’hui, il était à bout ! Il n’en pouvait plus.

Il l’avait interpellée :

– Madame !

– Oui !

Alors qu’elle approchait son visage enfariné du sien, le coup était parti. Sans qu’il ait pris le temps de réfléchir.

Il lui asséna un coup de tête d’une violence dont il ne se serait jamais cru capable. En plein dans le nez de la vieille !

Il se rappelait avoir entendu comme un craquement. Puis, un cri ! Plutôt une longue plainte, comme le hurlement d’un animal agonisant. Comme la complainte d’un porc qui sait sa dernière heure arrivée et qui se refuse à subir le dernier supplice sans manifester avec véhémence son opposition formelle à passer de l’état d’être vivant à celui de charcuterie préemballée.

Lui, ne ressentait aucune douleur. Juste un hématome au front. Une petite proéminence qui bleuissait sans qu’il s’en rende compte, et du sang qui tachait sa chemise. Mais ce n’était pas le sien… trop épais !

Il avait encore en mémoire le regard de la cliente terrorisée en voyant s’approcher de son nez le front énorme et dégarni de cet homme.

– Il souriait, affirmera t-elle. Vous vous rendez compte ? Il souriait !

 

 

Extrait 2 : L’Ardenne

 

L’Ardenne ! Le brame du cerf et le civet de marcassin. Le chant de la rivière sur les galets et la truite qui y chasse le ver nourricier avant d’être cuite au bleu.

L’odeur des sous-bois, l’humus à pleins poumons. Les vrais sapins, pas ceux qui pendouillent aux rétroviseurs et qui sentent la vanille. Les planchers qui craquent sous le poids du dormeur bravant le gel à la recherche du pot de chambre. Le genièvre, les haricots à la crème et les cheminées qui exhalent cette fumée aux senteurs de chêne centenaire consumé dans la vieille cuisinière aux poignées de faïence.

Les tentures à carreaux rouges et blancs derrière lesquelles se protègent de la froidure de vaillants bûcherons éreintés, tapant la carte dans des parties de couyon endiablées où l’irrespect est érigé en règle, la tricherie en savoir-vivre et la grossièreté en moyen d’intégration.

L’Ardenne et ses clochers plus catholiques que la Vierge, plus canoniques que la pierre dans laquelle ils sont érigés et qui rythment la vie de ses paroissiens, sonnant l’heure, la demie et le quart avec une fatalité étrangement oubliée au moment des vêpres et de l’Angélus.

Ce pays de la servitude, de la soumission à la noblesse, qu’importe qu’elle fût bâtarde ou dégénérée, ce royaume où un baronnet vérolé vaut mieux que cent courageux ouvriers agricoles, cette dictature du petit « de » et des bâtisses qui firent la gloire des « grandes familles » incapables aujourd’hui d’y mettre un sou vaillant pour éviter qu’elles ne tombent en décrépitude.

Ce monde si différent où l’instituteur du village est encore appelé « Monsieur », où le garde-chasse est aussi craint que le douanier ou le gendarme que l’on s’étonne de ne pas rencontrer sur son cheval ; où le curé en soutane ne provoquera pas l’ire des gamins en culottes courtes ; où l’épicière du village peut encore gronder le marmot qui veut escamoter une sucette sans se faire traiter de sale pute.

C’est vraiment bien l’Ardenne, se disait-il sans remarquer qu’il venait de passer sous l’énorme panneau sur lequel un sanglier stylisé lui souhaitait la bienvenue.

Il sentit poindre en lui comme une ardeur d’avance !

 

 

Extrait 3 : Où Loiseau se révolte.

 

Loiseau se sentait bien et en avait honte. Un peu honte, juste un peu. Comme un relent de ses anciennes réactions de bon père de famille responsable !

Incarcéré et heureux de l’être. Retiré du monde, en dehors de la réalité et ravi de faire connaissance avec l’insouciance, indifférent au sort du reste du monde, adoptant la désinvolture comme principe de base. Loin des compulsions de la vie professionnelle, des relents fétides de l’haleine de la badaudaille qu’il fréquentait quotidiennement, des émanations de carburants et des billets crasseux qu’on lui lançait parfois avec un mépris frisant l’arrogance.

Partager la vie de ces guérilleros lui offrait de plus joyeuses perspectives que le quotidien de la vie de famille.

L’arme brandie par Manon lui avait fait moins peur que son dernier relevé bancaire ou que les exigences de ses enfants pour les cadeaux de fin d’année. Il savait qu’il avait perdu ce combat désespéré contre les « marques » qui font la fierté des troupeaux de jeunes en tout point pareils, fondus dans la masse des consommateurs de slogans publicitaires et de logos. Il avait voulu lutter, prônant l’autonomie vestimentaire et l’indépendance d’esprit, il aurait voulu en faire des résistants à la spongiosité intellectuelle qui les guette tous, fuyant modes et « hit-parade » comme la peste bubonique, négligeant la vampirisation des esprits par les revues soi-disant branchées au profit de réflexions personnelles, d’attitudes spécifiques. Mais cette lutte était digne de celle de  Don Quichotte et il avait lâchement abandonné son combat contre le monstre économique. Comme bien d’autres joutes, celle-là aussi s’était soldée par une défaite par abandon, une renonciation à des principes qui avaient égayé sa jeunesse et ses fondements de liberté, d’autonomie et de libre-arbitre.

 

Extrait 4 : Portrait d’un tueur.

 

Karl Berlioz était un virtuose. De la gâchette et de la discrétion, surtout. Mais pas des mots croisés. Ancien flic tireur d’élite, il avait interrompu prématurément sa carrière de fonctionnaire le jour où il se rendit à l’évidence qu’il gagnait l’équivalent de cinq années de travail en exécutant, discrètement et sans se poser trop de questions, une victime désignée incognito par un commanditaire. Il avait investi ses « économies » dans un stand de tir, ce qui lui permettait de conserver quelques contacts avec ses anciens collègues et d’acquérir des armes en toute légalité.

            Il était 7 heures 30, et il en était à la troisième série de cinquante abdominaux quand il fut interrompu dans cette promenade de santé par la sonnerie du téléphone.

– Le virtuose ?

– C’est moi, grogna t-il.

– JR à l’appareil. Pour une mission de dératisation en Ardenne. Vous aimez les Ardennes ?

– J’écoute.

– C’est un travail de groupe. Ils sont deux, peut-être trois. Dans un chalet isolé.

– Urgent ?

– Délai : douze heures.

– Impossible. Déplacement, repérage, action, nettoyage, retour…En douze heures, impossible !

– Je peux faire appel à un de vos collègues, si vous voulez. Budget : 50.000 euros ! Plus l’argent, qu’ils ont sur eux et, normalement, ça devrait chiffrer. La moitié avec le plan d’accès et les consignes dans une demi-heure, à l’endroit habituel. Le solde, également comme convenu, une fois la mission accomplie.

– Impossible, je vous dis ! Le temps !

            En réalité, Berlioz était complètement capable d’élaborer une phrase normale constituée d’un sujet, d’un verbe et d’un nombre donné de compléments mais, dans ses négociations avec les clients, il préférait adopter ce style télégraphique conférant, lui semblait-il, une dimension virile, agressive, à son discours. Depuis qu’il avait vu Jean Reno dans « Nikita », il avait adopté cette particularité de langage ! Economie de mots et efficacité d’action étaient ses devises. Mais de toutes les devises les billets de 500 euros, restaient ses préférées !

– Combien pour cette mission ? Dans les délais, j’insiste… Dans les délais !

– Le double ! Trop risqué !

– Je ne vais pas perdre mon temps à négocier avec vous, c’est d’accord !

            Berlioz regrettait d’avoir accepté. Il allait être obligé d’agir dans la précipitation et c’était contraire à tous ses principes. D’un autre côté, quatre millions d’anciens francs, c’était une belle somme, trop belle, même… Son instinct lui dictait de se méfier.

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